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Réponse à Fabrice Nicolino

 

Fabrice Nicolino ouvre le feu et m’insulte sur son site internet. Je serais un « Torquemada de banlieue ». Je « joue devant les caméras le rebelle absolu. » (sic), etc. (4-6-2010). Cela m’attriste pour lui, pour la vie des idées et la démocratie. Surtout, Fabrice Nicolino met en ligne des messages internet privés de François Brune et de moi. Des courriels vieux de six ans. Ses archives sont bien tenues... Quelle que soit la teneur de ces messages, cette simple action devrait immédiatement déconsidérer définitivement son auteur. Cela constitue en tout cas un avertissement sans frais pour toutes les personnes avec qui il travaille. Que feriez-vous si un de vos partenaires se livrait à cette pratique ? On ne discute plus avec une personne qui trahit ainsi la confiance de ses interlocuteurs. Et pas davantage avec ceux qui diffusent ces courriels privés, comme avec ceux qui font courir les rumeurs.

Ce manquement grave de ce journaliste parisien, collaborateur de La Croix, de Terre Sauvage ou Charlie Hebdo, m’autorise à dire deux mots du personnage, avant de passer à autre chose. Nous, c’est-à-dire les fondateurs de Casseurs de pub, avons rencontré Fabrice Nicolino à l’occasion de la création de La Décroissance. C’était sur le mauvais conseil du directeur-rédacteur d’un mensuel écologiste. Fabrice Nicolino avait commencé a faire des pieds et mains pour que nous abandonnions notre titre et notre sous-titre : La Décroissance, le journal de la joie de vivre. Fabrice Nicolino n’aime pas la décroissance et il fait son possible pour occulter ce mouvement. C’est son droit le plus strict. Mais nous n’en dirons pas davantage sur cette très brève collaboration car ses pratiques déontologiques ne sont pas les nôtres. Néanmoins, notre Tartufe ne cesse de se dresser dans sa toge et d’en appeler à l’Honneur avec un grand H, une valeur dont il est le dernier rempart dans ce pauvre monde en plein naufrage : « Je crois bêtement à l’honneur, et je dénie à ce petit monsieur [c'est moi] le droit de dire du bien de moi ».

Fabrice Nicolino tient un blog où il publie des billets quasiment tous les jours. Cette pratique ne peut que rendre fou, à moins d’être un génie, et apparemment Fabrice Nicolino ne l’est pas davantage que la majorité de ceux qui s’aventurent à cet exercice. Par exemple, le 27 mai dernier, emporté dans son élan, il écrit : « Ces merdeux, ces pommeux qui osent intervenir sur une question aussi essentielle que le droit à stopper la machine, je les vomis en bloc. Bon Dieu ! Que me soit un moment donnée la liberté de dire ce que je pense vraiment. Et qu’on me traîne ensuite en prison, car c’est là que certains mots et gestes conduisent tôt ou tard. Faites ce que vous voulez. Moi, j’y serai. » Oh ! Bijou !

Comme sur de nombreux blogs, une meute suit le chef pour déverser sa bile à coups d’insultes, de rumeurs et de coups de lèche au tenancier de la boutique. 70 messages suivent son texte, ce qui prouve au moins qu’il est lu.

Du haut de son site, tel un cyber-Savonarole, Fabrice Nicolino bénit et excommunie lors de ses prêches quotidiens. Notre homme « hait la gauche ». Je veux bien le croire. La preuve, pour Fabrice Nicolino, Hugo Chavez est un « salaud », un « salopard » (24-11-209). Quel courage de s'attaquer ainsi à un des puissants de ce monde. Et Acrimed, Daniel Mermet ou Le Monde Diplomatique sont les complices des mauvaises relations du président vénézuélien. D’ailleurs Le Monde Diplomatique « incarne parfaitement cet état d’esprit, qui absout une crapule dès lors qu’elle se réclame de la gauche et s’oppose aux États-Unis. » Mais qui est cet être si pur pour avoir la légitimité de jeter l’opprobre ainsi sur toute la gauche, sur toutes ses composantes et finalement sur toutes les personnes qui s’en sont réclamées pour défendre un idéal de justice sociale, et ceci des fois au péril de leur vie ? Je le dis d’autant plus facilement que je ne suis pas « de gauche » même si je travaille avec une immense majorité de gens qui se désignent ainsi. Mais, comme Pierre Desproges, s’il y a bien une chose que je déteste plus encore que la Gauche, c’est la Droite. Une posture qui peut vite être facile contrairement à ceux qui ont le courage de choisir leur camp.

Quant à la Droite, Fabrice Nicolino semble bien plus indulgent pour certains de ses membres. Ainsi, il titre un de ses récents billets « Des fleurs pour Jouanno », car « je dois reconnaître aujourd’hui qu’elle a changé » (25-6-2010). Chantal Jouanno est la secrétaire d’Etat à l’écologie de Nicolas Sarkozy. Elle-même se désigne « très proche » de l’homme du « travailler plus pour gagner plus ». Le Canard enchaîné la qualifie même de « bébé-Sarkozy ».

Chantal Jouanno a repris la conduite du Grenelle de L’environnement. Fabrice Nicolino se déclare comme « le seul » à avoir mis en garde contre l’opération de vampirisation de l’écologie politique de Nicolas Sarkozy : « Je n’ai cessé de dénoncer ici même, et depuis septembre 2007, les lamentables palinodies du Grenelle de l’Environnement. Il suffit d’aller voir ce que j’ai alors écrit, quand tous les écologistes officiels criaient au triomphe et à la “révolution écologique” made in Borloo and Kosciusko-Morizet. Alors, j’étais seul. Non pas dans l’opinion vivante, je ne sais que trop - triple hourra ! - que vous existez, mais chez les journalistes, sûrement. Il serait cruel de relire aujourd’hui la prose de certains, et cela n’aurait, au reste, aucun intérêt, car les choses sont ainsi de toute éternité. » (30-4-2010) Si le journaliste n’a pas entendu parler des Contre-Grenelle de l’environnement que La Décroissance et d’autres ont organisé, c’est grave vu sa profession. Sans compter que nous sommes loin d’être les seuls à avoir averti contre cette manipulation. Pensons seulement à nos amis de la presse anarchiste et libertaire.

Tout cela est d’autant plus dommage que Fabrice Nicolino produit aussi des travaux très intéressants. Mais passons à autre chose.

Vincent Cheynet, le 14 juin 2010

 

Extrait de « Des fleurs pour Chantal Jouanno » par Fabrice Nicolino, le 25 mars 2010

« Mais je dois reconnaître aujourd’hui qu’elle a changé. (...) Chantal Jouanno a des mots convaincants. (...) il semble que Chantal Jouanno a pris conscience de quelque chose qui la transcende. Un grand mot ? Oh oui ! Exagéré ? Peut-être bien, l’avenir le dira. Mais je dois rappeler, malgré mes emportements aussi nombreux qu’extrêmes, que je mise sur l’homme, et la femme. Si je ne croyais pas à la possibilité que des êtres dissemblables - et lointains les uns des autres - se mettent en mouvement, je ne parlerais plus de crise écologique. Je ne parlerais plus du tout, en réalité. Or je pense que le cours des esprits et des âmes est le seul espoir authentique qu’il nous reste. Que m’importe à la fin d’où l’on part, pourvu qu’on se soit mis en marche dans la bonne direction. Le reste viendra par surcroît, s’il advient. Madame Jouanno, je me répète, ne pensera jamais comme moi. Moi surtout, je ne la rejoindrai jamais sur le terrain qui restera, en toute hypothèse, le sien. Et peut-être suis-je, de toute façon, en train de bâtir un château de cartes et de sable dans l’Espagne la plus profonde qui se puisse concevoir. Il demeure que la crise écologique devra sous peu mobiliser des millions de personnes dans ce vieux pays couturé qu’est la France. J’ai le pressentiment que madame Jouanno en sera. Et c’est pourquoi, à rebours de ce que je suis pour l’essentiel, je lui offre ce jeudi matin un frais bouquet de fleurs des champs. Without any pesticide application. »



 

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« Celui qui
croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »
Kenneth Boulding (1910-1993), président de l'American Economic Association.

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